Un nouveau biotope dans l’art contemporain français

Dans cette période perturbée depuis des mois par une situation sanitaire qui nous oblige à repenser nos modes de vie, l’actualité des expositions dans les galeries et les centres d’art dévoile une nouvelle génération d’artistes, attachée à la nature et engagée en faveur de l’environnement, du climat et de la préservation de la biodiversité. Ces expositions suivent la vague d’exode urbain de la capitale vers les régions, apportant un nouveau regard sur les territoires et donnent une place centrale aux femmes artistes, refaçonnant là aussi, le paysage de l’art français.  

Au MAMAC de Nice, l’artiste et autrice suisse Ursula Biemann place la crise écologique, l’exploitation des ressources de la Terre et ses conséquences sociales et migratoires au cœur de son exposition personnelle « Savoirs indigènes, Fictions Cosmologiques ». Elle y explore d’autres relations avec les non-humains, en donnant la parole aux éco-féministes et aux peuples premiers. Le courant éco-féministe inspire également l’exposition « Rituel·le·s » à l’IAC de Villeurbanne consacrée à des œuvres de femmes artistes qui pensent le vivre ensemble et le commun, ainsi que l’exposition « Even the rocks reach out to kiss you » proposée par Julie Crenn au Transpalette de Bourges, rendant visible une pensée militante de relation à la nature. 

Dans une démarche in situ, Charlotte Charbonnel nous invite à une connexion à la Terre par l’invisible avec « Geoscopia » à l’abbaye de Maubuisson, où ses installations sonores nous relient avec le sous-sol et ses mystères. Les œuvres de Tiphaine Calmettes, elles aussi, habitent le Centre d’Art International et du Paysage de Vassivière-en-Limousin. La jeune artiste fait émerger les énergies du site, provenant à la fois du lac et des plantes. Elle propose des œuvres à expérimenter, à partager et à ressentir.

L’attention et la relation aux plantes et aux sols émerge dans d’autres lieux comme une tendance forte. L’exposition collective « Herbes folles » au CEAAC à Strasbourg explore les caractéristiques et symboliques des plantes sauvages. À la Galerie Univer, Marinette Cueco, passionnée par les plantes, tresse des végétaux et rend visible la beauté des espèces qu’elle cueille avec soin. L’exposition « Bercer la matrice » au CAC La Traverse d’Alfortville invite à appréhender les sols comme matières organiques, matrices et témoins de nos écosystèmes à préserver. On peut y découvrir les œuvres de Caroline Le Mehauté qui explore la tourbe, aujourd’hui surexploitée. 

Crédits : Tous droits réservés, Nadja Verena Marcin, Jedi, 2019 / Lucy + Jorge Orta, Interrelations, Les Tanneries, CAC, Amilly, 2020

À l’heure où les crises et les évènements climatiques extrêmes s’additionnent, peut-on éviter l’effondrement ? Nicolàs Lamas aborde la question dans son exposition « Times in Collapse » au CCCOD. À l’Usine du May de Thiers, Marie Dechavanne s’inspire des incendies en Australie pour penser l’après-catastrophe avec « Cénozoé ». Le sentiment d’urgence inspire également le duo iconique Lucy + Jorge Orta au centre d’art contemporain Les Tanneries à Amilly. Il décrypte les interrelations et propose des solutions communes aux enjeux climatiques, migratoires et géopolitiques. Mais il est peut-être déjà trop tard… Marie Havel, réunit à la galerie Jean-Louis Ramand, une série d’œuvres autour des ruines contemporaines.

La scène parisienne deviendrait-elle secondaire face à cette forte dynamique hors de ses murs ? Avec déjà de nombreuses thématiques à son actif, la Fondation Cartier dévoile « La Nature » avec Artavazd Pelechian. La galerie Chantal Crousel s’engage sur les enjeux de l’eau avec « Galleries Curate: Rhé » (avec Jean-Luc Moulène, Melik Ohanian et Abraham Cruzvillegas), un projet au long cours porté avec d’autres galeries internationales, qui reverse 10% des ventes des œuvres à une ONG, preuve d’un possible « agir ensemble » à l’échelle des galeries. À la galerie Jeune Création, l’exposition collective « Mais le monde est une mangrovité », curatée par Chris Cyrille, prend l’écosystème de la mangrove comme fil conducteur, révélant de jeunes talents, comme Julia Gault ou Kokou Ferdinand Makouvia. L’exposition collective « Formes du vivant » curatée par Pauline Lisowski* révèle elle aussi quatre femmes artistes talentueuses, dont Lélia Demoisy

L’exposition des collections permanentes « Le vent se lève » au Mac Val (avec entre autres, Nicolas Floc’h, Anne-Charlotte Finel, Stéphane Thidet, Thu-Van Tran) porte un nom prophétique sur ce mouvement désormais lancé et pleinement relié à son époque. Oui, le vent se lève et porte de nouvelles énergies et relations au monde, ainsi qu’un avenir possible face aux crises. Des graines sont dispersées à travers ces expositions, à Paris et sa banlieue ainsi qu’en région. Celles-ci ouvrent des chemins vers un nouveau biotope de l’art contemporain. 

*co-signataire de cet article 

Alice Audouin et Pauline Lisowski

 

Expositions :

Pour les expositions hors galeries, il est préférable de se renseigner, plusieurs peuvent être visitées sur rendez-vous, avant leur réouverture complète.

À Paris et en banlieue parisienne :

Dans l’article :
Le vent se lève, Mac Val, Vitry-sur-Seine, jusqu’en janvier 2022
Mais le monde est une mangrovité, galerie Jeune création, Romainville, jusqu’au 26 février 2021
Geoscopia de Charlotte Charbonnel, Abbaye de Maubuisson, Val d’Oise, jusqu’au 14 mars 2021
Bercer La Matrice, La Traverse, Alfortville, jusqu’au 6 mars 2021
Papiers noirs, Lionel Sabatté et Pierrette Bloch, galerie C, jusqu’au 6 mars 2021
Marinette Cueco : Pierres, Ardoises, Entrelacs, galerie Univer, jusqu’au 1er mai 2021
Rhé, Galerie Chantal Crousel, jusqu’au 27 février 2021
Artavazd Pelechian, La Nature, Fondation Cartier, jusqu’au 25 avril 2021
Formes du vivant, exposition collective, Plateforme, Paris, jusqu’au 7 mars 2021

Et aussi :
Le Serpent Noir, projet inédit de Cécile Hartmann, Maison d’Art Bernard Anthonioz, Nogent-sur-Marne, 1 mars – 18 juillet 2021
Evi Keller, Stèles, Galerie Jeanne Bucher Jaeger, 20 mars – 7 mai 2021
Stonedog // Charlie Jouan, Galerie du Crous de Paris, jusqu’au 6 mars 2021
Marie Ouazzani & Nicolas Carrier, Futures récoltes, YGREC, Aubervilliers, jusqu’au 06 mars 2021 (uniquement sur rendez-vous)
El Anatsui, La Conciergerie, Paris, dès ouverture des lieux culturels
Hermine Anthoine : Dérives – Cosi Naturale, Galerie Eko Sato, Paris, 27 février – 27 mars 2021

 

En région :

Dans l’article :
Ursula Biemann, Savoirs indigènes, MAMAC, Nice, jusqu’au 7 mars 2021
Rituel·le·s, IAC, Villeurbanne, jusqu’au 21 mars 2021
Des herbes folles, CEAAC Strasbourg, jusqu’au 14 mars 2021
Marie Havel, Die and Retry, Galerie Jean-Louis Ramand, jusqu’au 27 février 2021
Par le chant grondant des vibrations autour de Tiphaine Calmettes, Centre international d’art et du paysage, Vassivière-en-Limousin, jusqu’au 24 mai 2021
Interrelations, Lucie + Jorge Orta, Les Tanneries, Amilly, jusqu’au 30 mai 2021
Even the rocks reach out to kiss you, présentée au Transpalettes à Bourges, jusqu’au 30 mai 2021
Times in collapse, Nicolás Lamas, CCCOD, Tours, jusqu’au 29 août 2021

Et aussi :
Raphaëlle Peria, Ariditatis et inundatio, L’aparté, lieu d’art contemporain, Iffendic, Bretagne, jusqu’au 2 avril 2021
Damien Fragnon, Les falaises traversent nos mains, Espace d’Art Contemporain Les Roches, Le Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), jusqu’au 14 mars 2021
Amandine Gollé, Visions chavirées, Cité des arts de Chambéry, exposition virtuelle jusqu’au 10 mars 2021
Marie Dechavanne, Cénozoé, Usine de May, Thiers, jusqu’au 21 février
Résilience volet 1, Doublement verte, exposition collective, 1er mars – 20 mars 2021
Raffard-Roussel, Machine Terrestrographique, Galerie Octave Cowbell, 5 mars – 3 avril 2021

 

Février 2021

Credits : Ursula Biemann, Acoustic Ocean, 2018 / Nicolás Lamas, Time in collapse, CCOD, 2021

Retrouvez l’ensemble des articles d’Impact Art News n°27 – Février 2021

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