Le fort ralentissement de l’activité artistique est actuellement compensé par une effervescence digitale qui bouleverse les hiérarchies habituelles, favorise des solidarités inédites et donne un accès unique aux artistes dans leur intimité. Dans la jungle des live, applications mobiles, visites virtuelles, réalités augmentées, webinaires, takeovers, nouveaux #, qui naissent chaque jour, les artistes et créateurs engagés dans l’environnement sont particulièrement visibles et actifs, habités par une conscience accrue d’un monde en transformation.

Olafur Eliasson multiplie les initiatives digitales sur le thème de l’environnement. Après le lancement de son animation ‘Earth Perspectives’ le 22 avril pour le Earth Day / Jour de la Terre, Wunderkammer, une œuvre de réalité augmentée développée avec Acute Art, a été dévoilée dans la foulée, sans oublier le #weusedto invitant chacun à penser l’après Covid, ainsi que ses nombreux live, avec par exemple son fidèle compère Hans Ulrich Obrist, à qui il exprimait son souhait de mobiliser les jeunes, justement grâce au digital. Ai Weiwei affirmait lui aussi lors d’un Insta Live que la position du « Human first » n’était plus tenable à l’heure de la crise écologique. 

Les réseaux sociaux accueillent des programmations ambitieuses : en témoignent « l’antenne Fantasma » créée par le duo de designers Formafantasma orchestrant des échanges pluridisciplinaires hebdomadaires autour de leur exposition « Cambio » consacrée aux arbres aux galeries Serpentine, ou la programmation de films « Superflex presents » du collectif Superflex, ouvrant les échanges sur la coopération inter-espèces. Les visites d’ateliers continuent elles aussi en ligne, parmi elles, Klaus Biesenbach, directeur du Musée d’art contemporain de Los Angeles, visite (via Zoom) Camille Henrot qui détaille Not Clean Yet, sa dernière série sur le thème de l’écologie, le journaliste et critique français Romain Salomon dévoile l’atelier poétique de Lionel Sabatté… Erwin Wurm commente quant à lui sa Fat House construite sur sa propriété autrichienne comme un vestige d’une période révolue fondée sur le « toujours plus ». Si de nombreux artistes se mettent en effet à repenser leurs œuvres à l’aune de la crise sanitaire, et semblent désormais pressés d’en finir avec « le monde d’avant », les artistes déjà engagés dans la transition écologique montrent leur avance : ils sont depuis déjà dans le monde d’après.

« Penser l’Après » fut justement une série de webinaires avec Sciences Po environnement qui zoomait sur « Art et Changement » avec la participation d’Art of Change 21, convaincue que si le digital ne peut se substituer à la rencontre, il peut la provoquer.

Crédits : Studio Olafur Eliasson

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