En cette période estivale, l’environnement rayonne au coeur d’expositions de grande envergure, sous l’impulsion de lille3000 et du Palais de Tokyo. Aux côtés de ces deux temps forts, une multiplicité d’expositions confirme l’enracinement de la thématique environnementale dans l’actualité artistique. À l’heure où les villes et les institutions culturelles expérimentent de nouvelles pratiques plus écologiques, nombreuses sont celles qui s’emparent de l’enjeu du devenir planétaire et de la relation au vivant.

 

Éclosion de grandes expositions 

La France n’avait pas inauguré d’exposition de grande envergure sur le thème de l’environnement depuis « Sublime » à Pompidou-Metz en 2015, contrairement à Londres, Berlin, Zurich ou encore Moscou. Le retard est largement rattrapé, avec deux saisons artistiques qui lui sont entièrement dédiées. 
À Paris, le Palais de Tokyo, sous la responsabilité de son nouveau président Guillaume Désanges, propose depuis le 15 avril une saison artistique intitulée « Réclamer la terre », nom éponyme de l’exposition collective principale curatée par Daria de Beauvais, offrant une reconnexion du corps à la terre. Autour d’elle viennent s’agréger d’autres expositions évoquant un retour à des savoir-faire liés à l’agriculture, au jardin – exposition « Couper le vent en trois » d’Hélène Bertin et de César Chevalier – une attention aux myxomycètes, formes de vie robustes – exposition solo « Sporal » de Mimosa Echard (également finaliste du prix Marcel Duchamp). Cette programmation s’inscrit dans une volonté de transformer le Palais de Tokyo en « Palais Durable », accompagnée par un programme de mécénat innovant.

Vue de l’exposition « Novacène » (John Gerrard, Western Flag, Julian Charrière, And Beneath It All Flows Liquid Fire) @ Jérôme Mizar

À Lille, la nouvelle saison « Utopia » de lille3000 choisit l’environnement et la nature comme thématique principale, s’inspirant du livre « L’Utopie ou la mort » publié par l’écologiste René Dumont en 1973. Plusieurs grandes expositions adressent cette thématiques avec des angles radicalement différents et très complémentaires. « Les Vivants », orchestrée par la Fondation Cartier au Tri Postal révèle l’extraordinaire richesse de la relation des peuples premiers au vivant. « Novacène », à la Gare Saint-Sauveur, curatée par Alice Audouin* et Jean-Max Colard se projette dans une nouvelle ère qui suivra l’anthropocène, le novacène, en référence à l’ouvrage éponyme de James Lovelock. Haroon Mirza, Zheng Bo, Otobong Nkanga, Julian Charrière, Fabien Léaustic comptent parmi les 20 artistes de l’exposition structurée autour d’installations monumentales. On ne manquera pas non plus l’investigation plus psychédélique du sujet par Fabrice Bousteau avec « Le Serpent Cosmique » au Musée de l’Hospice Comtesse, ainsi que les installations monumentales dans la ville qui font de la saison Utopia une première : jamais une ville n’avait autant investi le thème de l’environnement dans sa programmation culturelle. 

Plus orientée sur le design mais également de grande ambition, l’exposition « Mimèsis végétal – un design vivant » à Pompidou-Metz, dont nous reparlerons dans une prochaine lettre, dévoile un large panorama de créations inspirées de la nature.


De la graine à la forêt…

Comme chaque année, la saison artistique du Domaine de Chaumont-sur-Loire rassemble les œuvres d’artistes qui nous convient à observer la nature, comme Lélia Demoisy, Christiane Löhr, Stéphane Guiran. Au 104, l’exposition « Graines », ouverte depuis le 18 juin réunit les artistes Fabrice Hyber, Duy Anh Nhan Duc… Elle invite les visiteurs à découvrir ces semences qui circulent au travers le monde. Curatée par Paul Ardenne, l’exposition collective « Forest Art Project – L’arbre dans l’art contemporain », au Musée de l’eau de Pont-en-Royans, réunit une trentaine d’artistes tels que Abdul Rahman Katanani, Evi Keller aux côtés des artistes de l’association « Forest Art Project ». L’exposition au CNEAI (Centre National Edition Art Image), « Le nom du monde est forêt », ouverte à la même date, adresse la notion de domination de la nature, avec Julia Gault ou Loïs Weinberger.

Vue de l’exposition « Mémoire Écorcée » à la Galerie Sono, Paris, 2022

L’arbre se retrouve encore dans le travail de Sara Favriau (lauréate du Prix Planète Art Solidaire) qui propose une installation in situ à partir d’essences d’arbres dans une exposition personnelle à la Maison des arts de Malakoff, ou encore dans celui de Lélia Demoisy qui présente « Mémoire écorcée » à la galerie Sono. Elle invite à découvrir les liens entre différents êtres vivants, notamment au travers de la mémoire qui s’inscrit à la fois sur l’écorce et sur les chairs. Dans le cadre des Rencontres de la photographie d’Arles, Noémie Goudal ausculte elle aussi la forêt avec la paléoclimatologie, dans « Phoenix » dans l’église des Trinitaires.

Enfin, « la Forêt Magique » au Palais des Beaux-Arts de Lille est d’une grande richesse autant par la diversité des genres artistiques que par les fils que tissent les curateurs, reliant John Constable à Jakob Kudk Steensen

Vue de l’exposition « La Forêt Magique » au Palais des Beaux-Arts de Lille, Mat Collishaw, Albion 2017 Courtesy of the artist © ADAGP Paris 2022

De nouvelles connexions et relations inter-espèces

Vue de l’exposition  » Soupe Primordiale » de Thiphaine Calmettes, Bétonsalon @ Pierre Antoine

Pléthores d’expositions contribuent à joyeusement explorer un monde plus partagé et solidaire. L’Été des Serpents, nouvel espace Arlésien, ouvre ses portes le 30 juin avec l’exposition collective inaugurale « Symbiocène », en référence au néologisme inventé par Glenn Albrecht, décrivant une nouvelle ère de l’histoire de la Terre basée sur la symbiose, succédant à l’Anthropocène. Onze artistes sont conviés à célébrer les interconnexions du vivant, dans une approche unissant écologie et féminisme. Parmi ces artistes, la toute jeune diplômée de la Central Saint Martins, Clémence Vazard. Tout près, à Aix-enProvence, l’ouverture de l’exposition « Nouvelles Alliances, coopérations avec le vivant » au Gallifet art center ouvre le vendredi 3 juillet 2022 avec de jeunes artistes dont Jérémy Gobé, Sarah Valente, Charlotte Gautier Van Tour ou Côme di Meglio. Toute aussi jeune mais déjà une imposante figure de l’interconnexion, Tiphaine Calmettes (lire notre entretien) nous convie à expérimenter un ensemble d’œuvres sensorielles à l’occasion de son exposition personnelle « Soupe primordiale » à Bétonsalon. « Sentir le monde » à l’espace d’art contemporain H2M à Bourg-en-Bresse rassemble entre autres Morgane Porcheron, Marie Denis, François Réau pour « éveiller nos consciences dans un monde toujours plus incertain ». Marie-Sarah Adenis fait quant à elle confiance à l’incertain et au chaos pour provoquer de nouvelles connexions au sein de l’exposition collective « Cosmogonias », à la galerie Jean Collet de Vitry-sur-Seine. Moins scientifique et tout autant onirique, l’exposition d’Odonchimeg Davaadorj, ouverte depuis le 4 juin à l’orangerie du Domaine de Chamarande présente deux états mi-oiseaux, mi-humains. Également dans un lieu de charme qu’est le château de Oiron, Gloria Friedmann nous laisse songer à une nouvelle cohabitation entre l’homme et l’animal.

La question de la nature en ville est l’objet de l’exposition « Urbanité verte », curatée par Julie Sicault Maillé au centre d’art Tignous, à Montreuil avec notamment Karine Bonneval, Noémie Sauve… Le 7 juillet, l’exposition « Merveilles et curiosités… Ode aux plantes des villes » ouvrira au centre d’art La Traverse, à Alfortville, une proposition curatoriale de Pauline Lisowski** avec les artistes Laurence De Leersnyder, Morgane Porcheron, Marie Ouazzani et Nicolas Carrier (tous deux lauréats du prix Planète Art Solidaire) : une invitation à redécouvrir la flore, résistante et qui pousse à proximité de nos lieux de vie.


Maarten Vanden Eynde à l’honneur

La Kunsthalle de Mulhouse accueille « Exhumer le Futur» de Maarten Vanden Eynde. Cet artiste iconique revisite les cartes de la globalisation et de la colonisation, non sans humour et dérision. De la comparaison entre la Bible et le Catalogue IKEA en termes de nombre de tirages à l’invention de nouveaux outils pour jardiner « OGM », l’artiste dénonce le monde industriel et ses difformités tout en ouvrant la voie vers une plus grande conscience écologique. 

Vue de l’exposition « Exhumer le Futur » de Maarten Vanden Eynde @ Art of Change 21

Ainsi, à Paris et en région, dans des métropoles et dans des territoires ruraux, de très nombreuses expositions révèlent les dynamiques du vivant et mettent en évidence des problématiques liées au réchauffement climatique. La jeune génération d’artistes donne à penser à un futur post-anthropocène, et à agir. 

Pauline Lisowski

*: directrice de rédaction d’Impact Art News

** : autrice de cet article 

Couverture: Vue de l’exposition « Réclamer la terre », Amabaka x Olaniyi Studio (2022), © Aurélien Mole

Expositions citées dans l’article :

Réclamer la terre, exposition collective, Palais de Tokyo, du 15 avril au 4 septembre 2022
>
Sporal, solo show de Mimosa Echard, Palais de Tokyo, Les 20 ans du Jardin aux habitant·es, par Robert Milin, exposition, Palais de Tokyo, du 15 avril au 4 septembre 2022, Couper le vent en trois, exposition d’Hélène Bertin et de César Chevalier, Palais de Tokyo, (autres dates : du 15 avril au 24 juillet 2022)

Saison Utopia, lille3000, du 14 mai au 2 octobre 2022
> Les Vivants, Tripostal, Novacène, exposition collective, Gare Saint-Sauveur (vues), Le Serpent Cosmique, Hospice Comtesse, La Forêt Magique, exposition collective, Palais des Beaux-Arts de Lille

Utopie d’Eden, Gloria Friedmann, Château d’Oiron, du 25 juin au 2 octobre 2022.

Symbiocène, exposition collective, l’Été des Serpents, Arles, du 30 juin au 25 août 2022.

Oceanic, solo show de Tania Kovats, Artconnexion, Lille, du 4 mai au 16 juillet 2022

Bardo, solo show d’Odonchimeg Davaadorj, Orangerie du Domaine de Chamarande, du 4 juin au 18 septembre 2022

Le nom du monde est forêt, exposition collective, CNEAI, Paris, du 20 mai au 21 juillet 2022

Graines, l’exposition !, exposition collective, 104, Paris, du 18 juin au 4 septembre 2022

Sentir le monde, exposition collective, H2M, espace d’art contemporain, Bourg-en-Bresse, du 6 mai au 31 juillet 2022

L’arbre dans l’art contemporain, exposition collective, Pont-en-Royans, du 21 mai au 31 octobre 2022

Mémoire écorcée, solo show de Lélia Demoisy, galerie SONO, Paris, du 3 juin au 30 juillet 2022

Solo show de Sara Favriau, Maison des arts de Malakoff, du 27 juin au 4 décembre 2022

Soupe Primordiale, solo show de Tiphaine Calmettes, Bétonsalon, Paris, du 20 mai au 23 juillet 2022

Saison artistique au Domaine de Chaumont-sur-Loire, du 2 avril au 30 octobre 2022.

Exhumer le Futur, solo show de Maarten Vanden Eynde, Kunsthalle, Mulhouse, du 10 juin au 30 octobre 2022

Phoenix, solo show de Noémie Goudal, église des Trinitaires, Arles, du 4 juillet au 28 août 2022

Mimèsis. Un design vivant, Centre Pompidou Metz, du 11 juin 2022 au 6 février 2023

COSMOGONIAS, exposition collective, galerie Jean Collet, Vitry-sur-Seine, du 25 mai au 10 juillet 2022

Nouvelles Alliances, coopérations avec le vivant, Gallifet art center à Aix-en-Provence, du 5 juillet au au 2 octobre 2022

A visiter également : 

Lois Weinberger, Les Tanneries, Amilly, 25 juin – 28 août 2022

Piquées, Charlotte Abramow, Maison Guerlain, Paris, du 1er juin au 30 septembre 2022

Projet MC1R, Dana-Fiona Armour, Fondation Lambert, Avignon, du 2 juillet au 9 octobre 2022

Le Palais des Villes Imaginaires, La Ferme du Buisson, Noisiel, du 26 mars au 25 juillet 2022 

Nos îles, exposition collective, Fondation François Schneider, Wattwiller, du 30 avril au 18 septembre 2022.

Aqua Mater, solo show de Sebastião Salgado, parvis de la Défense, du 1er avril au 22 septembre 2022

Le sens de la pente, exposition personnelle de Sophie Bonnot, Centre d’Art et de Rencontres, Ugine, 21 mai  – 09 juillet

Sense on wonder, solo show de Sanna Kannisto, Maison Louis Carré, Bazoches-sur-Guyonne, du 24 avril au 28 août 2022

Incursions sauvages, exposition collective au Musée de la Chasse et de la Nature, Paris, du 12 avril au 11 septembre 2022

Désormais, solo show de Rodrigo Bueno, espace Frans Krajcberg, Paris, du 2 juin au 6 août 2022

BioMedia, exposition collective, Centre des arts, Enghien-les-Bains, du 13 mai au 8 juillet 2022

Le jardin des simples, solo show d’Ursula Caruel, Château de Tarascon, du 15 avril au 31 octobre 2022

Le jardin, miroir du monde, exposition collective, Château du Rivau, Du 1er avril au 13 novembre 2022

Art in Nature, solo show de Nils Udo, Musée d’art et d’histoire, Saint-Lô, du 8 avril au 28 août 2022

Des grandes terres aux parterres, solo show de Mathilde Caylou, Centre d’Art Madeleine Lambert, Vénissieux, du 14 mai au 2 juillet

Regard d’artiste, Raija Jokinen, Château de Trevarez, du 30 avril au 2 octobre 2022

Festival Artocène, Chamonix-Mont-Blanc, 2e édition, 18 juin – 17 juillet 2022

Eloge de la Tomate, solo show de JORDI, Musée Albert Marzelles à Marmande, du 07 juillet au 27 août 2022

Ma petite cuisine, solo show de Lucie Bayens, centre d’art La cuisine, Nègrepelisse, du 4 juin au 31 août 2022

 

Impact Art News, numéro Mai / Juin 2022