Comment s’est construite votre relation à l’environnement ? 
Elle démarre par l’envie de représenter le corps social. La poussière du métro que j’utilise par exemple au départ pour créer ma Meute de loups en 2011 symbolise d’abord le fait que nous sommes tous interconnectés. Elle résulte du passage d’un million de personnes par jour à la station de métro Châtelet à Paris : il y a cette idée que le corps de chaque individu se fond dans le corps social. La poussière de ces loups porte aussi une histoire de la terre, des saisons, charriée par les chaussures, c’est pourquoi j’ai nommé chaque loup par le nom du mois correspondant à ma collecte. Ce qui m’intéresse dans les matériaux qui sont des rebus, c’est qu’ils ont quelque chose à voir avec le dégoût, sont repoussants : c’est le cas de la poussière mais aussi des peaux mortes que j’utilise pour créer des floraisons. D’autres ont plutôt trait aux catastrophes naturelles : c’est le cas de mes sculpures avec des oliviers morts durant l’hiver 1954, le plus froid du siècle dernier, marqué par l’Abbé Pierre, la création du secours populaire. Il y a eu une réponse sociale à des événements climatiques. On le voit actuellement avec le réchauffement climatique.

Êtes-vous un extrémiste du upcycling ? 
Ha, ha ! Vu de loin, le recyclage est poussé à l’extrême dans mon travail avec la poussière mais aussi des peaux de pieds récupérées chez des podologues. Et demander à des gens de me donner le contenu de leurs sacs d’aspirateurs, c’est assez inhabituel et c’est presque une caricature de ce que pourrait être l’upcycling ! Mais loin de là, j’exprime le temps long, les cycles, je fais ce que la nature fait mieux que moi. Je suis dans l’ordre du symbole et pas dans l’application ni l’utilisation directe et je défends mon inutilité face à un monde hyper productif.

Quel est votre prochain projet ?
Il s’agit de la réalisation de la bête du Gévaudan pour le musée de Mende. Cette bête va être réalisée avec de la poussière offerte par les habitants de la ville de Mende, c’est donc un projet participatif. Cette exposition allie la Mairie de Mende, le FRAC Occitanie Montpellier, L’Enface de l’art et le Pays d’art et d’histoire, du 12 octobre au 16 novembre 2019.
©  Fanny Begoin

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