Cet été en France, l’écologie se révèle prégnante dans des expositions, des programmations artistiques hors les murs ainsi que dans le patrimoine et le paysage. Les artistes répondent aux pensées de philosophes qui travaillent sur le soin et sur de nouvelles façons de cohabiter avec les non-humains, ainsi qu’à l’accélération de la crise climatique. Du Havre à Nice, en passant par Strasbourg ou Paris, cette programmation révèle une conscience à la fois post-covid et post-carbone, et défend une création résolument en dialogue avec le vivant.

Regards sur la nature et sur le monde post carbone

Théo Mercier bénéficie d’une exposition personnelle au centre d’art Le Portique, au Havre, qu’il nomme Nécrocéan, où il recrée des paysages de ruines d’objets qui témoignent d’une nouvelle ère, où le plastique, peu à peu, s’engage dans un nouveau cycle organique. À la Fondation Lambert à Avignon, le sable, lui aussi symbole de ruine, constitue la matière de son exposition post-apocalyptique Outremonde. Au Narcissio, à Nice, Myriam Mechita part d’une pierre pour parler du corps et des autres vivants, avec la complicité de Julie Crenn. Otobong Nkanga expose à la Villa Arson ses œuvres inspirées par la mer et ses voyages, drainant l’exploitation des ressources et les inégalités qu’elles entrainent.

À Paris, Jean-Marie Appriou et Marguerite Humeau investissent la Fondation Lafayette Anticipations, partant d’une étude sur le pouvoir des « mauvaises herbes ». La grande exposition de Mark Dion à la galerie In Situ mêle sciences naturelles et sociales face à la crise écologique. À la galerie Sono, Mathilde Cazes et Eugénie Touzé croisent leurs perceptions de deux territoires insulaires, le Japon et l’Islande. Sensible, délicate et cosmopolite, l’exposition DRAWING POWER – Children of Compost au Drawing Lab Paris présente des œuvres de l’ordre du dessin et au-delà de cette pratique, pour évoquer nos relations à la nature, invisibles parfois, les enjeux de déplacement, de territoire et invite à un regard attentif (Giuseppe Penone, Barthélémy Toguo).

Des parcours art et paysage

Dans le cadre du « Voyage à Nantes », Bianca Bondi investit Le Temple du Goût en l’embaumant d’odeurs pour une expérience de l’ordre du rituel. Annecy paysages, qui a également démarré à cette date, permet de découvrir Se planter et Ecouter la terre, installations de Karine Bonneval et Le foyer, home de Lélia Demoisy, des œuvres qui inscrivent le végétal en ville. Au palais de l’île Musée d’Annecy, Benoît Billotte présente Sous la canopée, des tissus teintés qui convoquent une nature lointaine fantasmée. Cette année, au domaine de Chaumont-sur-Loire, Chantal Colleu-Dumond accueille de nombreuses installations et expositions d’artistes engagés sur les problématiques art et environnement tels que Chris Drury, des artistes du dessin, François Réau et Fabien Mérelle, ou encore le designer Alexis Tricoire, qui recompose avec humour une forêt amazonienne à partir d’objets industriels.

Une évolution organique des œuvres se révèle au sein de l’exposition La vie à elle-même, curatée par Flora Katz au Centre International d’Art et du Paysage de Vassivière-en-Limousin. Une vitalité de la matière émerge au fur et à mesure de la découverte des travaux artistiques de Tiphaine Calmettes, Laure Vigna, Bianca Bondi, Grégory Chatonsky… créés spécifiquement pour le lieu et réagissant les uns aux autres.

Engagement philosophique, politique

Dans le parc de la cité internationale, l’exposition La cité de soleil proposée par le CNEAI invite à un parcours à travers 356 arbres. « Il ne faut pas gâcher la crise », l’appel de Bruno Latour est à l’origine de ce projet d’exposition hors-les-murs qui exige une ouverture du regard lors de sa promenade, afin de découvrir les dessins insérés sur les troncs d’arbres. Au 104, l’exposition Énergies désespoirs, Un monde à reconstruire proposée par le collectif d’architectes Encore Heureux, se découvre comme une campagne d’affichages de slogans, peintures de l’artiste Bonnefrite, revendiquant l’urgence de prendre des mesures pour s’investir et repenser notre manière de vivre plus écologiquement et en harmonie avec nos vivants. Enfin, Marseille accueille l’exposition personnelle Oikos Logos de l’artiste Zevs au MaMo, où NFT et pétrole jouent la connivence, une mise en bouche vivifiante avant le rendez-vous de la rentrée, le Congrès mondial de la nature de l’UICN qui donnera une part importante à l’art contemporain, à travers l’exposition Biocenosis21 (voir l’article) organisée par Art of Change 21, éditeur de cette lettre.

 

Pauline Lisowski

Juillet 2021

 

La ville à elle-même, Ciap, Vassivière-en-Limousin, du 13 juin au 5 septembre

When looking Across the sea Do you dream ? Otobong Nkanga, Villa Arson, Nice, du 12 juin au 19 septembre

Le voyage à Nantes, du 3 juillet au 12 septembre

Annecy Paysages, du 3 juillet au 26 septembre

A stone is a stone, is a stone, is a stone, Myriam Mechita, Le Narcissio, Nice, du 12 juin au 2 octobre

La cité sous le ciel, Cité internationale de Paris, du 16 juin au 29 août

Énergies Désespoirs, le 104, Paris, du 29 mai au 29 août 

Deux îles, Mathilde Cazes, Eugénie Touzé, galerie Sono, Paris, du 23 juillet au 25 septembre

Nécrocéan, Théo Mercier, Le Portique, Le Havre, du 26 juin au 26 septembre 

Outremonde, Théo Mercier, Collection Lambert, Avignon, du 5 juillet au 26 septembre

Surface horizon, Jean-Marie Appriou et Marguerite Humeau, Lafayette Anticipations, Paris, du 17 juin au 5 septembre

Drawing power – children compost, Drawing Lab, Paris, du 26 juin au 30 septembre

Oïkos Logos de Zevs, MAMO Centre d’art de la Cité Radieuse, Marseille, du 23 juin au 19 septembre

Mark Dion, galerie In Situ, Paris, du 10 juillet au 2 octobre

Biocenosis21, Congrès mondial de la nature de l’UICN, Parc Chanot, Marseille, du 4 au 11 septembre 

Et aussi :

La Soupape de sécurité de la cocotte-minute, Hehe, CAC La Traverse, Alfortville, du 8 juillet au 28 août

Nouer le reste, CEEAC, Strasbourg, du 11 juin au 26 septembre 

La littorale biennale internationale d’art contemporain Anglet – Côte basque, du 7 août au 31 octobre 

Hyper carbone, Pierre Gaignard et Roy Köhnke, Galerie Eric Mouchet, Paris, du 29 mai au 4 septembre

Crédits : Fire on the sea, 2021, Jean-Marie Appriou, exposition Surface Horizon à Anticipations Lafayette, photo par Pierre Antoine /  Manifest of Strains (premier plan) et  Double Plot (fond), 2018, Otobong Nkanga, exposition When Looking Across the Sea, Do You Dream? de la Collection Wim van Dongen à Villa Arson, photo par Jean-Christophe Lett / La vie à elle-même (vue d’exposition), 2021, Isabelle Andriessen, Bianca Bondi, Tiphaine Calmettes, Grégory Chatonsky, Rochelle Goldberg, Laure Vigna, Flora Katz (cur.), exposition La vie à elle-même au Centre international d’art et du paysage, photo par Aurélien Mole / Evolution Series, 201, Zevs, exposition Oikos Logos au MAMO, 2021, photo par Benoit Pailley.

 

Retrouvez l’ensemble des articles d’Impact Art News n°32 – Juillet / Août 2021

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